Le cyclotourisme pour les nuls
Kamloops, Colombie-Britannique, 25 octobre 2020
Belle photo, n'est-ce pas? Quand cette photo a été prise à Thunder Bay au mois d'août, il faisait encore beau et chaud, et comme vous voyez, on souriait. Avant-hier, en contrepartie, à Kamloops, il neigeait. Toute la journée. Un 23 octobre. Et on ne souriait pas. Si j'étais un grand amateur de ski ou d'hiver, je me serais probablement empressé de prendre une photo de la neige dans la cour, de mettre ça sur Instagram, accompagné de 4-5 émoticônes de skieur, en m'émoustillant du fait que je pourrais bientôt skier.
Voici la photo que j'aurais dû mettre sur Instagram. Mais voilà, je n'ai pas de compte Instagram, et je ne suis pas un grand amateur d'hiver. Même que si la frontière était ouverte, je suis pas mal certain qu'on serait rendu quelque part en Arizona, plutôt que de se geler les fesses à Kamloops dans la neige. Tout ça un 23 octobre, ai-je besoin de le rappeler. On nous avait promis qu'il ferait chaud à Kamloops. Il a fait -12 degrés Celsius cette nuit. Vous avez bien lu. Bref, ne jamais croire un Kamloopois.
Pour oublier la grisaille et le froid, j'avais 2 options : me mettre à boire, ou regarder les photos de notre été à vélo. Pour boire, il m'aurait fallu sortir dans la gadoue pour aller au Liquor Store, alors j'ai choisi la deuxième option et je me suis lancé dans les photos.
En zieutant les photos, l'idée m'est venue d'écrire un genre de "question-réponse" sur le cyclotourisme. Parce qu'en voyageant cet été, on s'est rendu compte que les gens qu'on croisait nous posaient beaucoup de questions (souvent les mêmes), et on s'est dit que peut-être certains d'entre vous aviez les mêmes interrogations. Alors voilà. Je vais donc essayer de répondre aux questions qui nous ont été le plus souvent posées, tout en évitant de répéter ce que Mélina a déjà abordé il y a quelques jours (ce qu'on mange, où on dort, combien de km on roule chaque jour, etc.).
Ça donne ceci:
Questions:
Where are you guys cooooming from? Where are you guys goooooingggg? (Posée avec une petite voix nasillarde de petite madame dans un stationnement d'épicerie)
Eh qu'on nous l'a posée souvent, celle-là. Et la réponse, du moins concernant où on va, on ne la connait pas. Ça désarçonne un peu les gens, vous aussi j'imagine, quand on leur dit qu'on ne sait pas trop où on s'en va, qu'au-delà de 3 ou 4 jours, les plans sont flous, mais c'est la vérité. Notre petite virée de 10 jours dans le coin de Jasper, par exemple, s'est décidée l'avant-veille. Bien sûr, on se fait des plans, on essaie de se dire: "On pourrait aller vers telle ou telle place", mais grosso modo, on ignore où on sera dans 2 semaines. En général, notre réponse est : " We're headed west". That's it, that's all. Suffisamment de détails.
Eh que j'aurais aimé faire ça un voyage comme ça si j'étais plus jeune. Vous deviez être en forme pour partir en vélo comme ça?
D'abord, mettons une chose au clair : je ne suis plus si jeune que ça. Au Québec, cet été, il y a des gens de 42-43 ans (soit 1 ou 2 ans plus vieux que moi) qui m'ont fait ce commentaire-là ("si j'étais jeune comme vous autres..."). Je ne pense pas que ce soit une question d'âge, mais plutôt une question de quel âge on pense qu'on a. J'imagine que je pense que j'ai 25 ans, mais j'ai aussi croisé (et surtout travaillé avec) des gens au cours des dernières années qui avaient dans la trentaine mais qui parlaient comme si ils avaient 60 ans. Bref, c'est dans la tête que ça se passe.
Ensuite, pour la forme physique, je dirais que quand on est parti en juin, on était un peu au creu de notre forme, après 3 mois d'isolement. Bref, non, on n'était pas en forme. Et je ne crois pas beaucoup à la mise en forme, à l'entraînement pré-départ. D'après moi, la meilleure mise en forme possible, c'est de faire ses bagages, d'enfourcher son vélo et de partir. Les 2 premières semaines sont difficiles, surtout si on part vers Charlevoix, mais les jambes s'y font et après quelque temps, on est en forme! Bref, le meilleur entraînement pré-départ, c'est de partir! Ceux qui disent le contraire sont ceux qui veulent vous vendre des rouleaux pour vous entraîner dans votre salon.
Êtes-vous fatigués des fois? Qu'est-ce qui est le plus difficile?
Mélina : "Fatigués? On est TOUJOURS fatigués! Et le plus difficile, c'est de se motiver à partir le matin."
Moi: "Fatigués? Oui, parfois on est fatigués, mais en général, ça va! Et le plus difficile, c'est d'arrêter de pédaler à la fin de la journée."
Plus sérieusement, comme le disait si bien le vénérable Bob Hartley : "Tout est dans la dureté du mental". Ou mental toughness, si vous préférez. Mélina me disait au début de l'été que je trouvais ça moins difficile qu'elle parce que j'étais plus fort, plus en forme. On en a rediscuté plusieurs fois, et on s'est plus ou moins mis d'accord sur le fait qu'au-delà de la force ou de la forme physique, c'est d'abord dans la tête que ça se passe. Bien sûr, rouler à vélo plus de 100 km par jour durant plus de 100 jours, ça représente un certain niveau de difficulté. Donc oui, les jambes sont parfois fatiguées, oui, on a souvent mal aux bras, coudes, poignets et autres articulations à force d'être appuyés sur notre guidon. Oui, notre derrière nous fait souffrir (surtout au début du voyage). Et non, ce n'est pas facile de se motiver à commencer la journée quand il pleut à verse.
Mais après, ça devient une question de: à quel point je suis capable d'endurer la douleur, la fatigue. Non, ce n'est pas que de la souffrance. Mais le vélo, comme n'importe quel sport, ça implique un certain niveau de souffrance. Surtout quand on en fait 8 heures par jour. Pour certaines personnes, dès le moindre inconfort, c'est trop, elles abandonnent. Il existe plein d'histoires de gens qui ont planifié leur voyage à vélo autour du monde depuis des années, qui ont acheté l'équipement à la fine pointe, et puis quand arrive le moment du grand départ, ils roulent 2-3 jours puis abandonnent leur rêve, sous prétexte d'un genou qui fait mal ou de douleurs aux épaules. En fait, la plupart du temps, c'est leur tête qui a lâché. Oui, le genou faisait mal, mais ça se serait replacé et au bout de 2 semaines, tout aurait probablement été ok. Mais ces gens n'avaient pas la "dureté du mental" pour endurer ça. On a tous un degré de tolérance à la douleur différent. Pour faire de longs voyages à vélo, ça en prend un bon!
Tout ça pour dire que si vous décidez un jour de faire un long voyage à vélo, sortez-vous tout de suite de la tête que ce sera facile, car ça ne le sera pas.
C'est bien beau le vélo, mais j'imagine que vous prenez le temps de visiter plein de choses?
Réponse courte : pas vraiment.
Réponse longue : pour répondre à cette question-là, je vais d'abord essayer de différencier 2 types de voyages à vélo. En lisant sur le sujet, j'ai fini par comprendre qu'il y a d'abord le cyclotourisme, qui se veut, comme le dit le nom, du tourisme à vélo. Les gens qui font du cyclotourisme mettent davantage l'accent sur le tourisme, donc la visite de lieux touristiques (vignobles, magasins d'artisanat, arrêts gourmands, musées, etc.) et le vélo devient le moyen pour se rendre à ces lieux. Le rythme est donc souvent relativement lent. Les cyclotouristes vont habituellement dormir soit dans des gîtes / motels ou parfois dans des campings officiels, manger au restaurant, bref, un peu comme voyager en voiture, mais à vélo. Le voyage de cyclotourisme doit en conséquent habituellement être planifié, car il faut savoir où on dormira tel ou tel jour. Souvent (pas tout le temps), les gens qui font du cyclotourisme sont plus âgés et plus aisés, et ils commencent souvent à voyager à vélo plus tard dans leur vie. Moyens aidant, on les reconnaît à leurs vélos assez onéreux, et surtout beaucoup trop solides et résistants pour ce qu'ils en font (ex. Trek 720 ou 920, Salsa ou Surly, pour traverser le Canada ou faire le tour du Lac Saint-Jean ou de la Gaspésie sur des routes pavées). Le cyclotourisme a pour avantage d'être sécurisant et relativement confortable, mais il est relativement onéreux et laisse peu de liberté et de place à l'improvisation.
D'un autre côté, il y a ce qu'ils appellent en anglais le adventure cycling, ou vélo d'aventure. Ça consiste habituellement à prendre un vélo (à peu près n'importe lequel), à y installer des supports à bagages et des sacoches, puis à partir, sans trop de planification. Une esquisse de trajet, et ça s'arrête là pour la planification. La route, les paysages, rouler à vélo représentent l'activité principale, plutôt que les visites touristiques. Les gens qui font du vélo d'aventure partent souvent longtemps (disons pas juste une semaine...), ils vivent relativement chichement, et dorment à peu près n'importe où, là où ils décident que leur journée se termine. Le voyage de vélo d'aventure est par conséquent peu planifié, assez insécurisant mais a pour avantage d'offrir beaucoup de liberté et d'être très peu onéreux. À preuve, les Argentins, qui sont selon moi les maîtres du voyage à petit (minuscule) budget, sont aussi assez friands du vélo d'aventure. On en a rencontré beaucoup au Chili...
J'imagine que vous l'aurez compris : on tend plus vers le vélo d'aventure que vers le cyclotourisme. Pas tout à fait, parce qu'on est quand même pas mal mieux équipés qu'un Argentin, avec nos vélos à 2000 piastres pis tout notre attirail MSR. Et aussi parce que notre budget nous permet de manger autre chose que des pâtes à la sauce tomate soir après soir. Et il faut quand même avouer qu'on planifie un peu, et que ce n'est pas vrai qu'on vit au jour le jour. Mais quand même, à plusieurs égards, je me reconnais plus dans ce type de voyage à ce stade-ci de ma vie. Donc non, on ne visite pas beaucoup de sites touristiques, mais on voit de magnifiques paysages et on dort dans plein d'endroits inusités!
Et aussi, il faut le dire, on veut quand même parcourir un minimum de distance, car on le voit aujourd'hui, l'été au Canada, c'est court! On ne peut donc pas arrêter partout tout le temps, parce qu'on n'avancerait jamais! Et finalement, il y a plusieurs endroits, en particulier des sentiers de randonnée, qui sont compliqués à visiter, parce que ça impliquerait de laisser nos vélos et nos bagages à l'entrée pendant plusieurs heures sans surveillance, ce qu'on n'est pas prêts à faire.
Bref, le vélo est notre "très" principale activité durant ce voyage.
Qu'est-ce qui vous motive à continuer à pédaler, jour après jour?
Ça, c'est une excellente question. On en a jasé un peu, on s'est creusé les méninges, et voici. En gros, je dirais que 2 choses nous gardent motivés. D'abord, le désir d'aller jusqu'au bout, de ne pas abandonner. C'est un peu comme poser la question à un marathonien : "Pourquoi cours-tu 42 km sans arrêter, alors que tu as mal aux jambes dès le 15e kilomètre, et que rendu à 30 km, tu sens que tu n'y arriveras pas?" Arrêter à mi-chemin, j'imagine qu'on voit ça comme un échec, comme de dire que finalement, on n'était pas capable, qu'on a vu trop grand, que c'était trop difficile pour nous. Personne n'aime cette sensation d'échec. Maintenant, pour nous, aller jusqu'au bout, dans un contexte de plan "ouvert", ce n'est pas facile à déterminer. Mais j'imagine qu'on voulait au minimum faire du vélo tout l'été, alors arrêter en août, ça nous aurait laissé un goût amer. Après, il faudra juste voir elle est où, la fin de notre marathon.
La deuxième chose qui nous garde motivés, c'est le désir de s'améliorer comme personnes, de devenir plus forts. Comme ils disent, l'apprentissage vient avec l'adversité. Quand on fait quelque chose de facile dans la vie, par exemple regarder Forrest Gump à la télévision ou manger du gâteau au chocolat, on a du plaisir, bien sûr, mais on n'apprend pas grand chose. C'est du pur divertissement. Et ça en prend, dans la vie. En contrepartie, quand on roule à vélo (disons la 79e journée du voyage), avec un gros vent de face, quelque part en Saskatchewan, on n'a aucun plaisir. Cependant, on apprend de ça: notre corps, et surtout notre esprit, deviennent plus forts, plus résistants à l'adversité. Ça veut donc dire que la prochaine fois qu'on aura à faire face à un défi, on pourra relativiser, car on se sera mis dans de pires situations dans le passé, et on trouvera ce défi moins difficile à surmonter.
Bref, il y a un gros apprentissage a propos de ses propres limites, et de comment les repousser, dans un long voyage, que ce soit à vélo, à pied ou...en canot, j'imagine! Le but, c'est de ne pas abandonner dès les premières difficultés, question d'en tirer des bénéfices.
Ça ressemble à quoi l'horaire d'une journée?
De manière très générale, une journée typique :
On se lève vers 7h, on range nos choses et démonte la tente, puis on déjeune : yogourt, granola et fruits, puis pain et beurre d'arachides. Pas de café. On s'habille pour rouler à vélo (je dis à Mélina de ne pas trop mettre de vêtements pour partir parce qu'elle va avoir trop chaud, mais elle met quand même une p'tite couche de plus, juste au-cas). On remballe les choses, on met les sacoches sur le vélo, et vers 8h30, on est partis.
Après 200 mètres de route, Mélina a chaud et elle arrête pour enlever une couche de vêtements. Ensuite, on part pour vrai. On prend une pause chaque 10-15 km environ, souvent dans les villages, puis on arrête pour dîner vers midi. On essaie toujours d'avoir au moins la moitié du kilométrage prévu pour la journée de parcouru en avant-midi, et idéalement davantage. L'idéal, c'est 70-80 km le matin et 40-50 km l'après-midi, parce qu'on est plus relaxe en pm. On mange habituellement la même chose qu'au souper de la veille (on en fait 12 portions: 6 pour le souper, 6 pour le dîner...je plaisante à peine). Si il fait beau, on prend parfois une pause plus longue pour dîner, jusqu'à 1h30 - 2h00. Parfois, on se baigne ou ou fait une simili sieste. On en profite aussi parfois pour faire l'épicerie. Si il pleut par contre, on écourte ça et on repart au bout de 20 minutes.
En après-midi, c'est un peu comme le matin : pause aux 10-15 km environ, plus ou moins selon les côtes, le vent, la météo et les attraits. Entre 17h et 18h, on arrête à l'endroit qu'on a ciblé le midi pour passer la nuit. Si c'est un endroit où il n'y a pas d'interdiction de camper, Mélina monte la tente tôt pendant que je commence à préparer le souper. Si ce n'est pas clair si on a le droit de camper là ou non, ou si c'est carrément interdit, on attend juste avant le coucher du soleil pour monter la tente. Ensuite, on soupe, puis Mélina fait la vaisselle pendant que je nettoie et range le réchaud (oui, on est sexistes comme ça, nous autres: le bonhomme a les mains dans la gâzoline pendant que la bonne-femme fait la vaisselle). Ensuite, on verrouille les vélos à côté de la tente, on range les sacoches dans le vestibule et la nourriture dans un endroit à l'abri des bibittes, puis on entre dans la tente. Mélina écrit le journal pendant que je lis des choses sur internet, puis on se couche, habituellement tôt (entre 20h et 21h).
De manière très mécanique, ça ressemble à ça. Maintenant, il y a des centaines de variantes, et c'est ce qui fait que c'est intéressant! Parfois on rencontre des gens, parfois on arrête pour cueillir des petits fruits sur le bord de la route, et parfois on voit même des ours!
Vous avez fait combien de crevaisons à date?
Cette question-là, j'aurais peut-être dû la mettre au 2e rang, parce qu'on nous l'a posée souvent! La réponse courte: 5 (moi 3, Mélina 2). Et aucune crevaison avant Winnipeg (donc ça pris 6562 km avant qu'on ne fasse une crevaison). Et ça arrive toujours dans les villes à date, à cause des petites broches en métal sur l'accotement (broches provenant des pneus des véhicules, je crois).
Ceci dit, pour un voyageur à vélo moindrement habitué, les crevaisons, ce n'est pas le principal souci. Une crevaison, ça se répare en 10-20 minutes maximum. Tant qu'à moi, il y a d'autres bris qui sont bien pires que les crevaisons. Par exemple les rayons des roues: en cyclotourisme, il y a beaucoup de poids sur la roue arrière, et parfois, un rayon casse et il faut le remplacer. Et ça casse toujours du côté de la cassette, parce que les rayons sont plus verticaux (plus de tension) de ce côté. Il faut donc 2 outils pour retirer la cassette, en plus du rayon de remplacement, et il faut souvent enlever le pneu et la chambre à air aussi. Cette réparation prend au minimum 45 minutes à 1 heure. Heureusement, ça ne nous est pas encore arrivé dans ce voyage-ci, mais on a tout de même les outils et chacun 4 rayons (2 pour chaque côté - longueur différente), au cas-où ça arriverait. Sinon, j'ai remplacé les bearings de ma roue avant à Thunder Bay - plus compliqué qu'une crevaison ça aussi! Et puis il y a tous les ajustements (ex. freins et vitesses) qui prennent du temps quand on s'y met. Et on a fait la rotation avant-arrière de nos pneus 2 fois à ce jour (le pneu arrière use beaucoup plus vite que le pneu avant). Et j'ai remplacé mes 2 pneus (1 à Thunder Bay, 1 à Kamloops) parce qu'ils étaient usés. Et....ça fait le tour je crois!
Combien ça coûte un voyage comme ça?
La question qui tue. La réponse : ça dépend, mais ça peut coûter cher comme ça peut coûter à peu près rien. Si on parle d'équipement, j'en parle à la prochaine question, donc je ne m'éterniserai pas sur le sujet ici. En termes de dépenses quotidiennes, si vous dormez dans des gîtes ou des campings officiels, que vous mangez au resto et que vous visitez des endroits touristiques, je dirais entre 75$ et 150$ par personne par jour. Si vous dormez n'importe où (à condition que ce soit gratuit), vous mangez du spaghetti et de la sauce tomate tous les jours et du gruau (ouachhhhh) le matin, et que vous ne payez jamais pour une visite ou une activité, je dirais entre 3$ et 5$ par personne par jour. De notre côté, notre moyenne cet été était entre 10$ et 11$ par personne par jour (avant qu'on s'installe à l'auberge à Golden, puis ici à Kamloops). C'est pas mal moins que ça nous coûtait pour vivre à Saint-Philémon. Ça représente un budget de disons 4000$ par personne par année. Pas si pire, non? Quand je vous dis que la retraite n'est pas si loin...héhé.
Ça doit prendre de l'équipement pour faire un voyage comme ça!
En effet. C'est sûr que là-dessus, il y a toute une gamme de voyageurs à vélo également. En commençant par les retraités qui partent en voyage à vélo pour la première fois et qui se sur-équipent, possiblement pour combler leur manque de confiance et pour dépenser leur fonds de pension : vélo de 3000$ à 5000$, sacoches Ortlieb, support à bagages Tubus, tente MSR en carbone, etc., bref, la totale. Budget total par personne : près de 10 000$.
Ensuite, il y a les Argentins et leurs contemporains : vélo acheté chez Walmart ou à une vente de garage, support à bagages en broche acheté nulle part, sacs à poubelles en guise de sacoches, réchaud à l'alcool confectionné à l'aide d'une cannette de coke vide pour cuisiner, tente de chez Walmart, pas de matelas de sol...bref, le minimum. Budget total: moins de 500$.
Et puis il y a nous, quelque part entre les 2 (ceci dit, j'admire les Argentins à ce sujet et je crois qu'ils ont compris quelque chose qu'on n'a pas encore compris...). Donc nous: nos vélos:
Mélina : Kona Sutra 2019, valeur d'environ 2000$. Pédales et souliers à clips. Support à bagages arrière uniquement. Un très bon vélo pour voyager. Cadre en chromoly, freins à disque (efficaces même quand il pleut) et roues et moyeux solides (essentiel en cyclotourisme). Pneus actuels : Schwalbe Marathon Mondial 40 mm (les meilleurs pneus sur le marché) et espace pour mettre des pneus plus larges (jusqu'à 55 mm environ) au besoin.
Philippe : Cinelli Hobootleg 2017 acheté usagé 1450$ sur Kijiji. Valeur d'environ 2500$. Trop cher (neuf) pour ce que c'est, mais c'est italien, alors on paie pour le look, l'esthétique. Très beau vélo, mais moins bon que le Kona. Cadre en chromoly, freins cantilevier (classiques et simples, mais peu efficaces sous la pluie), roues et moyeux moyennement solides (j'ai déjà dû remplacer les bearings...), pneus actuels: 1 Schwalbe Marathon et 1 Panaracer Tourguard (test pour voir si il est aussi bon que le Schwalbe, coûte la moitié moins cher). Les 2 pneus sont de 38 mm. Un défaut majeur du Cinelli : l'espace pour mettre des pneus plus larges est très limité, donc ce vélo serait peu approprié pour, disons, faire des chemins de gravier.
Bref, avantage vélo de Mélina. Retenez-ça, le Kona Sutra, c'est un excellent choix pour voyager à vélo.
Pour le reste de l'équipement, on a une tente MSR Elixir (modèle de base de MSR, mais à environ 300$, ça fait moins de peine de la briser qu'une MSR Hubba Hubba NX au double du prix). Une bâche Mec Guide en silicone (pas encore servi, donc plutôt inutile pour ce voyage). Matelas de sol: Mélina: Sea to summit très minimaliste et confortable, mais très fragile aussi (plusieurs réparations à date). Moi: Thermarest all-weather, plus grand et chaud (épais), moins minimaliste et donc moins pratique à vélo, mais quand même relativement minimaliste et plus résistant. Je préfère mon matelas, mais les 2 ont leurs avantages.
-Sacs de couchage : 2 sacs Aquila MEC 0 degrés Celsius en duvet. Très peu volumineux, mais pas assez chauds pour du camping en octobre.
-Réchaud : MSR Whisperlight international : LE réchaud de voyage par excellence. Peut fonctionner au naphte, au kérosène, mais surtout à l'essence sans plomb, ce qui est très pratique et très peu dispendieux. Défaut : presque impossible de cuire à feu bas. On a aussi 2 bouteilles de combustible. Et on traîne aussi un mini-réchaud Primus qui fonctionne au propane/isobutane, juste au cas-où...
-Gamelle et ustensiles : un chaudron 2,5 litres, 1 poêlon 1,5 litres (plutôt inutile), 2 bols-assiettes (2 en 1) MSR, 1 cuiller en bois, 1 spatule (outil essentiel), 2 cuillères/fourchettes/couteaux, 1 petite planche à découper Dollarama, 1 couteau coupant. Un filtre à eau Platypus.
-2 petits matelas bleus (isolants) pour s'asseoir
-un mini-oreiller pour moi (chochotte...pfttt)
- 5 bouteilles d'eau (Philippe : 2, Mélina : 3)
-Vêtements: je ne ferai pas la liste au complet, mais disons quelques paires de bas / sous-vêtements, un filet-moustiquaire pour la tête, 2 paires de cuissards chacun, 1 paire de pantalons longs, 1 manteau isolé, 1 haut/bas imperméable, 1 tuque, des gants, des chandails (manches longues / courtes), combinaisons haut/bas, et c'est à peu près ça.
-2 livres, un appareil photo, 2 téléphones / chargeurs. Passeports, cartes d'identité/bancaires. Chacun une lampe frontale. Trousse de toilette. Crème solaire. Chacun une paire de lunettes fumées. Un cadenas de vélo.
Outils et items de remplacement : Batteries de rechange pour les lampes frontales et les odomètres, 2 multi-outils de vélo (avec dérive-chaîne intégré), 1 multi-outil Leatherman, 1 petite pompe à vélo, 2 leviers retire-pneu, 4 chambres à air de rechange, kit de réparation de crevaison, outil démonte-cassette et fouet à chaîne, 2 clés à moyeu, bearings de rechange (3/16"), kits réparation de matelas, kit de réparation pour tente, tube de Seamgrip, colle, tie-wraps, élastiques, briquet avec un peu de duct-tape et de ruban électrique enroulé autour, plusieurs vis/boulons/écrous de rechange, kit de réparation et d'entretien pour réchaud MSR...je pense que ça fait le tour! C'est beaucoup de détails, mais je veux m'en souvenir pour l'avenir!
Ah oui...et pour l'huile à chaîne de vélo, on n'en traîne pas pour ce voyage-ci. On voit au moins 25 bidons d'huile vides dans le fossé en roulant chaque jour. Il reste toujours quelques gouttes d'huile dedans, alors quand la chaîne grince, on arrête sur le bord de la route, on trouve un bidon, on met 3-4 gouttes de 5w30, 10w30 ou peu importe, et le tour est joué! Sinon, il y en a dans les poubelles de garages / stations-service aussi.
Sinon, on a chacun 2 sacoches arrières 20 litres MEC imperméables, chacun 1 sac à dos 20 litres imperméable MEC Nano, et 2 sacoches Burley avant 11 litres chacune pour moi.
Et bien sûr, chacun une paire de faux Crocs, indispensables a tout voyage à vélo!
Voilà, je pense que ça fait le tour. Bref, on voyage relativement léger, je crois, mais il y a matière à amélioration. Et probablement que ça pourrait aussi coûter moins cher. Au total, les bagages de Mélina pesaient 35 lbs au départ (excluant le vélo) et les miens 48 lbs (excluant le vélo, mais incluant la nourriture, que j'ai la tâche de transporter).
Je mets des photos de nos vélos et de notre équipement ci-bas, si jamais vous voulez voir.
Sur ce, si jamais vous avez d'autres interrogations, ne vous gênez pas pour nous en faire part! On fera un question-réponse version 2!

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