Colombie-Britannique : suite et fin!
Saint-Jean-Port-Joli, Québec, 25 juin 2021
Je pensais intituler cet article "Toute bonne chose a une fin", étant donné que, comme vous l'avez probablement compris, on est de retour au Québec et que notre voyage à vélo est terminé. Mais comme je ne crois pas nécessairement que toute bonne chose doit avoir une fin, j'ai plutôt décidé d'y aller de manière un peu plus chronologique et de raconter nos 6-7 derniers mois en Colombie-Britannique. Pour ce qui est de la fin du voyage, je ne pense pas qu'il soit terminé...appelons ça une pause, donc!
Voici donc ce qui s'est passé avec nous depuis novembre :
1) L'hibernation
La dernière fois que j'ai écrit, en octobre, on avait décidé de passer un mois à Kamloops, ville d'environ 100 000 habitants au centre de la Colombie-Britannique, question d'évaluer si on voulait y passer l'hiver. On nous avait vendu Kamloops comme un "diamond on the rough" - un diamant brut- une ville en plein essor et au climat doux, mais pas encore "sur la map", donc un endroit à découvrir. Il a neigé dès nos premiers jours là-bas, puis on a gelé pendant les 4 semaines suivantes, si bien qu'à la mi-novembre, on s'est dit: "Diamant brut mon oeil, si on est pour geler, aussi bien aller dans les montagnes, là où c'est l'hiver pour vrai", et on est partis pour Golden.
À Golden, on a trouvé ce qu'on cherchait : un endroit pas pire pantoute pour hiberner. Une ville pas trop grosse, pas trop petite, pas trop riche, pas trop crade, pas trop froide, et en prime, des paysages de montagne à couper le souffle, et ... ah oui ... un emploi, question de s'occuper un peu et surtout de faire taire les mauvaises langues qui prétendaient qu'on se payait une pré-retraite sur le dos de la PCU. On a donc travaillé dans un Lodge au pied de la station de ski Kicking Horse de décembre à avril, et habité dans un magnifique petit appartement sur place fourni par notre employeur pour des "peanuts golden-niennes", c'est-à-dire 750 piastres par mois, soit l'équivalent de petit change de fond de poche à Golden, ou pire, l'équivalent d'un crachat méprisant à Vancouver. Lire ici : les prix des logements sont stratosphériques en Colombie-Britannique. Bref, on a profité de l'hiver à notre manière, c'est-à-dire en faisant du pain, des brioches à la cannelle et du ski de fond. "Hein, pas de ski alpin???", que je vous entends déjà dire. Ceux qui nous (me) connaissent auront noté une tendance à ne pas faire ce qu'on est supposé faire. On va au Belize? Pas de cours de plongée. On va à Pucon, au Chili? Pas de descente de rivière en "tubing" ni d'ascension de volcan. On va à Saint-Philémon? Pas de ski-doo ni de quatre-roues, pas même un p'tit show de boucane avec notre Hyundai Accent au coin du rang le vendredi soir. C'est ce qu'on appelle une difficulté d'adaptation, je suppose, ou un mépris des moeurs locales. Bref, à Golden, malgré le fait que la remontée mécanique de Kicking Horse était à 200 pieds de notre appartement, on a poussé l'affront jusqu'à ne pas faire de ski alpin. Bon...ça va au-delà du simple désir de contradiction, et il y avait plein de contraintes logistiques, mais disons qu'en gros, on n'en a pas ressenti le besoin absolu. On a donc surtout hiberné (et mangé) à Golden.
Cette hibernation a été relativement agréable : malgré les hordes de touristes albertains (et québécois...) venus skier dans l'ouessss, la COVID a été quasi-inexistante à Golden jusqu'en avril. On y a aussi trouvé le climat agréablement doux : entre -3 et -7 degrés Celsius presque tous les jours, et de la neige, mais pas trop. Pas de redoux aux 3 semaines comme au Québec, alors elle ne fondait pas. Et malgré le fait que notre p'tite job dans un Lodge représentait aux yeux de la société une chute considérable dans notre "statut social", de notre côté, on a surtout compris qu'il n'y a pas de sot métier, et qu'on retire de la satisfaction à bien faire son travail, qu'on gagne 15$ ou 50$ de l'heure. Trop souvent, les gens jugent de l'importance de leur propre travail par le salaire qu'ils gagnent. Vous remarquerez comment les travailleurs de la construction se sentent au-dessus du monde depuis qu'ils gagnent 42-43$ de l'heure. "Au prix que j'te coûte, fais-moi pas perdre mon temps", qu'ils te disent (ou insinuent) quand ils n'aiment pas ta question ou ton interrogation sur leur travail. Idem pour beaucoup de travailleurs du domaine de la santé, nos "anges gardiens", comme vous les appelez. Pourtant, en désinfectant jour après jour les chambres d'hôtel, les comptoirs et les toilettes, les gens qui travaillent dans les hôtels, les épiceries et les stations-service ont probablement permis d'éviter un grand nombre de cas de COVID, permettant ainsi aux honnêtes citoyens de continuer à mettre de la gÂzoline dans leur char, d'acheter leurs Doritos et d'aller faire du ski la fin de semaine pour dépenser leur salaire. Tout cela avec très peu de reconnaissance de la population. Bref, la prochaine fois que vous irez dans un dépanneur, un hôtel ou une station-service, pensez-donc à féliciter les employés pour le travail qu'ils ont continué à faire depuis plus d'un an, et ce à 13 piastres et 10 cents de l'heure au Québec (et à peine plus en Colombie-Britannique)...
Sur ce, voici quelques photos de notre hiver à Golden.
Vue de notre appartement, Golden, BC
Golden, BC
Golden, BC
Golden, BC
Kicking Horse, Golden, BC
Sommet de Kicking Horse, Golden, BC
Notre demeure, Golden, BC
2) Le nouveau départ
À partir de la mi-avril, on a commencé à regarder la neige fondre avec un peu plus d'attention, impatients (moi) de repartir à vélo. Mélina, pour sa part, aurait bien mangé des brioches à la cannelle pendant encore quelques mois! Le 2 mai, malgré la neige qui persistait encore à certains endroits, on a enfourché nos valeureux bécyks à pédales et repris la route. D'abord vers le sud, dans la vallée Columbia, passant par Invermere, Kimberley et Cranbrook. Puis au sud, le long de la frontière des États-Unis, suivant la Crowsnest highway à travers Creston, Salmo (qu'on a bien aimé), Christina Lake, Rossland et puis Osoyoos dans la vallée de l'Okanagan. La météo n'a pas été très clémente en ce début de printemps, avec ses nuits et ses matinées froides, surtout dans les montagnes, mais les journées étaient relativement chaudes.
Après la vallée de l'Okanagan, on a poursuivi notre route vers l'ouest, à travers Princeton, Hope et Mission, secteur où la foresterie est reine, et, conséquemment, où les rednecks sont rois et les bécyks à pédales...euh... c'est quoi, ça, un bécyk à pédales? Achète-toi un bécyk à gaz, le pouilleux!
Bref, on a finalement atteint Vancouver, où la COVID (ou plutôt le virus chinois, comme l'appelle affectueusement le Doc Mailloux), était en plein essor. On a donc mis nos tits masques et pédalé à toute vitesse à travers la ville, sans même s'arrêter pour pisser (non madame), puis pris un ferry vers la Sunshine coast, au nord de Vancouver, où on a finalement pu enlever nos tits masques et fréquenter les toilettes en toute sécurité. On a roulé vers le nord durant 3 jours sur la Sunshine coast, magnifique endroit pour faire du vélo quand il n'y a pas un zillion de touristes, donc à peu près jamais sauf en temps de pandémie. Prenez-en note pour vos plans de vacances lors de la prochaine pandémie! Bref, de beaux paysages côtiers, des traversiers, des petits villages...une belle place!
Le 17 mai, on a pris le ferry de Powell River vers Comox, sur l'île de Vancouver. À cause des restrictions en place (voyages essentiels seulement entre les Health Regions de la Colombie-Britannique), on craignait beaucoup de se faire interdire l'accès au traversier, qui marquait notre passage dans la "Vancouver Island Health Authority". Mais non. Niet. Rien. Pas une question. On a alors compris qu'on n'aurait pas de problème nulle part. S'en est suivi un mois et plus de 2000 km de vélo durant lesquels on a ratissé l'île de Vancouver de long en large. D'abord Denman, Hornby et Gabriola islands, puis Lake Cowichan, au centre, et Port Renfrew et Jordan River sur la côte ouest de l'île, havre de surf pour les gens de Victoria. La région Lake Cowichan - Port Renfrew est aussi celle où les forêts anciennes avec des arbres plus gros que la bédaine de l'ancien Denis Coderre sont actuellement bûchées, et où il y a conséquemment beaucoup d'hostilité entre les environnementalistes, enchaînés aux dits arbres, et les forestiers, cloués à leur pick-up. Ce conflit illustre vraiment bien l'île de Vancouver, à cheval entre l'exploitation forestière très intensive et l'industrie traditionnelle d'un côté, puis le plein air, la protection de l'environnement et les nouveaux venus plus conscientisés de l'autre côté.
Bref, on a ensuite passé 4 jours à Victoria, où Jean et Sandra nous ont gracieusement accueillis et prêté un appartement au sous-sol de leur maison. Après, on a roulé vers le nord, visité Saltspring, Quadra et Cortes Island, puis traversé l'île d'est en ouest vers Port Alberni, d'abord, puis Ucluelet et Tofino, encore des endroits agréables à visiter quand il n'y a pas un zillion de touristes, c'est-à-dire lors de la prochaine pandémie. Finalement, on a retraversé l'île d'ouest en est, puis roulé vers Port Hardy, extrémité nord de l'île, afin d'y prendre un ferry vers Prince Rupert, au nord de la Colombie-Britannique. À partir de là, notre plan était de retraverser le pays vers l'est en empruntant la Yellowhead highway jusqu'à Winnipeg, puis éventuellement d'aboutir au Québec quelque part en août, juste après la parade de la Coupe Stanley. Rien que ça.
3) Le retour au Québec
Le matin du 10 juin, on était à Port Hardy, village en décrépitude relativement avancée, depuis 2 jours, et on préparait nos bagages pour prendre le bateau en pm en vue de la longue traversée vers Prince Rupert. Sauf que j'ai reçu un message m'informant qu'on m'offrait un emploi difficile à refuser au Québec. On a réfléchi 5 minutes, puis j'ai accepté l'offre, on a acheté des billets d'avion Vancouver-Montréal, on a refait le trajet à vélo vers Vancouver, emballé nos vélos, pris l'avion, puis pédalé durant 3 jours entre Montréal et Saint-Jean-Port-Joli, où on se trouve actuellement. En très résumé, c'est ça...
Les sentiments du retour sont partagés, j'imagine. D'un côté, c'est difficile de laisser tomber le voyage, alors qu'il nous restait beaucoup d'endroits à voir. Et puis, on le réalise depuis notre retour, voyager à vélo, avec nos quelques possessions rangées dans nos sacoches, c'est parfois un défi, mais tout compte fait, c'est mauditement plus facile que la "vraie" vie, avec toutes ses obligations et ses procédures. Mais d'un autre côté, on l'avait dit dès le départ, c'était un voyage ouvert, sans plan précis, qui nous mènerait on ne savait jusqu'où et jusqu'à quand. Alors d'avoir parcouru 15 000 km (4 000 cet été et 11 000 l'an passé), c'est déjà pas trop mal! Aussi, on débute une nouvelle aventure, et puis, ne soyons pas dupes, on réenfourchera bien assez tôt nos bécyks à pédales pour de nouvelles aventures! D'ici là, au plaisir de vous voir cet été!
Voici quelques photos de la deuxième partie de notre voyage à vélo, ce printemps, en Colombie-Britannique.
Jour du départ, Golden, BC
Invermere, BC
Ferry sur le lac Kootenay, près de Crawford bay, BC
Mini-maison sur le terrain Catherine et Jim, Rossland, BC
Vallée Fraser, près de Hope, BC
Vallée Fraser près de Hope, BC
Sunshine coast près de Powell River, BC
Parc Provincial Tribune bay, Hornby Island, BC
Parksville, BC
Parksville, BC
Sentier Giant Cedar, Gabriola Island, BC
Ferry Nanaimo - Horseshoe bay (vu de Gabriola Island), BC
Gabriola Island, BC
Jordan River, BC
Botanical beach, BC
Ucluelet, BC
Tofino, BC
Long Beach, Tofino, BC
Long Beach, Tofino, BC
Route Tofino - Port Alberni
Route Tofino - Port Alberni
Récompense au sommet de la côte de Port Alberni, BC
Mer entre Quadra Island et Cortes Island, BC
Quadra Island, BC
Sayward, BC
Route près de Port Mcneill, BC
Transport des boîtes pour l'emballage de nos vélos pour l'avion, Vancouver, BC. On s'organise comme on le peut!
Le vélo de Mélina, prêt à être inséré dans sa boîte de transport
Mon vélo dans sa boîte
Arrivée à l'aéroport de Montréal





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