Les chemins de bois

Rouyn-Noranda, lundi 3 août 2020 

Après s'être empiffrés pendant 2 jours chez les beaux-parents, dans la Matapédia, vidant au passage la moitié du frigo, on a statué que, question d'équité, il serait peut-être préférable de réserver le même sort aux réserves alimentaires de mes parents.  Le ventre bien rempli, on a donc enfourché nos vélos vers l'ouest, direction Saint-Jean-Port-Joli. 

Plutôt que de passer par la route panoramique (et touristique) longeant le fleuve, on a opté pour les chemins moins fréquentés à l'intérieur des terres. D'abord l'arrière-pays de Rimouski, puis le Témiscouata et le Kamouraska-des-hauts. Probablement une sage décision, car en ce début de vacances de la construction, la route 132 devait être un véritable festival du "Je-sors-mon-motorisé-une-fois-par-année-et-j'oublie-qu'il-est-plus-large-et-moins-maniable-que-ma-Honda-Civic". En plus,  l'arrière-pays était pentu, certes, mais pas autant qu'on l'aurait cru, et les beaux endroits où planter notre tente pullulaient. Bon choix de route, donc! 

Après 2 jours à emmagasiner les calories chez mes parents, on a repris la route et traversé le fleuve vers Saint-Siméon pour aller explorer le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Dès le début de la route 170 reliant Saint-siméon à La Baie, on a aperçu notre premier ours du voyage, sagement assis à se régaler de petits fruits en bordure de route. Réactions variables de part et d'autre. Moi: excité comme un petit enfant qui vient de déballer son cadeau de Noël. Mélina: tout aussi excitée, mais une excitation un peu différente, plus du genre : "J'aurais pu mourriiiiiiiiir, pis t'étais trop loin pour me sauver!" Le lendemain matin, on a vu une maman original et son petit : ça l'a réconciliée avec la faune sauvage.

En tout, on a mis 3 jours à parcourir la route entre Saint-Siméon et Saint-Félicien, tout au bout du Lac Saint-Jean. La route du Fjord, jusqu'à La Baie, était tranquille et côteuse, surtout après l'Anse-Saint-Jean. Tout le contraire de la section longeant le Lac Saint-Jean, très peu accidentée mais très...habitée et touristique.  C'est fou comme ça semble populaire le tour du lac Saint-Jean à vélo. On y a croisé encore plus de cyclotouristes qu'en Gaspésie! Pour notre part, on a trouvé ça... moyen, disons. Pas les gens, pas les paysages, mais plutôt le chemin. C'est que le trajet du "Tour du Lac" fait passer majoritairement par des pistes cyclables, et nous,  les pistes cyclables....bof. Ça passe au milieu du bois, le long de la voie ferrée, où il n'y a pas grand chose à voir, mais c'est plat et sécuritaire, donc les gens aiment ça. Pour notre part, on aime voir les maisons, les villages, donc par défaut on préfère les "vraies" routes. On a même osé, pendant un moment, faire fi de la belle piste cyclable pour s'aventurer sur la grand'route. Sacrilège! On s'est vite fait klaxonner après pour nous rappeler que notre place était sur la piste réservée aux "bécyks à pédales". C'est le défaut des pistes cyclables : ça habitue les automobilistes à ne plus voir de cyclistes sur la route, alors dès qu'ils en voient un, ça les déstabilise et ils se braquent. Diviser pour mieux régner, qu'ils disaient! 

Après les belles pistes cyclables du lac Saint-Jean, on s'est ensuite attaqué aux chemins de bois. D'accord, sur la Côte-Nord, dans le Témiscouata et au Saguenay, on était déjà dans le bois. Mais dépassé Saint-Félicien, ou plus précisément dépassé La Doré, on entre dans le bois, le vrai. Très exactement 210 km sur la route 167 avant d'atteindre la capitale du nord: Chibougamau, haute de ses 7000 habitants, son McDo et son Tim Hortons. Entre les 2, des millions de pins gris, d'épinettes noires et de trembles. Et des lacs, beaucoup de lacs. Mais rien d'autre, niet! Au bout de ça, Chibougamau apparaît presque comme une mégapole, sans farce...comme quoi tout est relatif! 

À Chibougamau (qu'on n'a pas détesté comme endroit, soit dit en passant), des hauts-parleurs diffusent la radio locale en tout temps sur la "Main", tout comme dans le centre d'achats, d'ailleurs. Quelqu'un peut donc rouler dans sa voiture, marcher sur la rue puis entrer au centre d'achats pour aller "su" Dollarama sans perdre un seul couplet de sa chanson préférée. Il fallait y penser! Aussi, le supermarché Maxi de Chibougamau propose des prix tout simplement imbattables sur certains items. Comme de la crème glacée Ben & Jerry's à 1$. Ou du Kraft dinner bio à 10 cents. 10 cents, joualvère! Ça existe encore, des 10 cents? Bref, l'effet "bout de la route" j'imagine : le camion de livraison leur "dompe" ce qui reste et leur dit de se débrouiller pour le vendre! C'est mon hypothèse...

Après Chibougamau, on a enchaîné avec la route 113, qui relie Chapais et Lebel-sur-Quévillon : un autre 213 km de forêt boréale, sans rien d'autre...ou presque. D'accord, on y croise Waswanipi, une réserve autochtone qui nous est interdite en ces temps de pandémie, puis Desmaraisville, forte de ses 8 habitants, et finalement Miquelon, où, si mon évaluation est juste, personne n'ose habiter de façon permanente. Mais sinon, rien que du bois. La route 113 est plus monotone que la 167, parce qu'il n'y a pas ou peu de lacs, et aussi parce que justement, faute de lacs, ils n'ont pas cru bon faire des courbes sur leur route. 213 km en ligne droite dans le bois, c'est long en titi! 

Ceci nous amène donc en Abitibi. À ce jour, on a entre autres visité Lebel-sur-Quévillon et Amos, où ils ont des "pizzarias", pas des "pizzerias". Sinon, des Hart (et non pas des "Hert"), des Rossy, des Dollarama, la routine des petites villes, quoi! Pas de trace d'un Dixie Lee, par contre. Pfttt, quel manque de goût! 

Et puis finalement Rouyn-Noranda, où on se trouve présentement. Rouyn, comme l'appellent les habitués, c'est la plus "ville" des villes qu'on a visitées jusqu'à maintenant durant notre périple. Il y a une université, des petites rues commerciales piétonnières, et même des bureaux de Radio-Canada, oui madame! Selon les "locaux", Rouyn est le centre culturel et multiethnique de la région, Amos est la ville des snobs, la ville "proprette" alors que Val d'Or est la ville des "jobbeurs". Paraît même qu'il y a une rivalité Amos-Rouyn, un peu à l'image de Québec-Montréal. Je vous laisse deviner laquelle d'Amos ou de Rouyn est le "Québec" et le "Montréal" là-dedans.

Sur ce, à la prochaine, et on vous revient avec des nouvelles d'une autre région sous peu! 

Voici quelques photos de nos dernières semaines. Si vous voulez voir la carte de notre trajet, avec les endroits où on a dormi et le détail des temps et distances parcourus chaque jour, vous pouvez consulter le site https://becykapedales.travelmap.net .


Route typique du nord


Moi remplissant le bidon d'essence pour notre réchaud à Pohénégamook...un gros 98 cents! 

Notre re-traversée du Saint-Laurent (Rivière-du-Loup vers Saint-Siméon)


La Baie, au Saguenay


Petite baignade dans la rivière Saguenay


Camping chez de gentils Saguenéens, La Baie


Dans le nord, la distanciation sociale, ça se mesure en orignaux! 


Quelque part entre Saint-Félicien et Chibougamau


Notre campement en bordure de la route 167


Notre récolte de bleuets...


...et ce qu'on en a fait! 


Chibougamau : un beau trophée de chasse pour des cyclotouristes! 


Chibougamau et ses stationnements à 45 degrés! 


Ce que les locaux mangent et boivent à Chibougamau : PFK, Budweiser et Black Label! 


Miquelon


Abitibi


Abitibi


Abitibi






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