Côte-Nord ouverte, toilettes fermées

Sept-îles, dimanche 5 juillet 2020

On va se le dire tout de suite : la Côte-Nord, c'est très beau, même magnifique par endroits. Plus beau que la plupart des gens ne se l'imaginent, je crois. Il y a d'abord toutes ces plages de sable blanc/doré, dont celles de Pointe-aux-Anglais et de Sept-îles, qui feraient rêver les plus bronzées des banlieusardes rive-sudoises. Il y a aussi ces beaux petits villages qui ont chacun leur charme quand on s'y arrête pour se reposer les jambes : Baie-Johan-Beetz et sa surprenante épicerie-serre-coopérative où on peut acheter de la laitue, des tomates, des concombres et des fraises locales, et qui a la meilleure sélection de bière de l'Est du Québec; Sheldrake et son looooong pont longeant une plage parfaite pour des pauses à vélo; Magpie, un peu retiré de la route 138, donc tranquille et reposant; et, bien sûr, Kegaska et ses jujubes enrobés de chocolat, spécialité de la place, vous l'aurez appris ici! 

La Côte-Nord, c'est aussi une quantité impressionnante de rivières, des petites mais surtout des grosses: la Magpie, la Manitou, la Natashquan, la Mingan, la Moisie, et des dizaines d'autres, avec leurs eaux supposément saumoneuses mais surtout très agitées. Un spectacle à chaque traversée.

Et finalement, il y a aussi ces très nombreux endroits où on peut camper tout à fait gratuitement sur des sites qui rendraient jaloux les terrains de camping officiels. À Ragueneau, sur le bord de la mer; à Sault-au-Mouton, juste à côté de la chute; à Kegaska, tout au bout du monde, à côté de l'épave d'un bateau échoué; à Rivière Pontbriand, en surplomb du fleuve; à Godbout, où il y a même un abri moustiquaire pour souper.  Et j'en passe. 

Mais pourquoi donc, me direz-vous,  si tout est si magnifique sur la Côte-Nord, n'y a-t-il pas un zillion de touristes et d'hôtels peuplant toutes les plages comme à Cancun? 

Disons simplement qu'il y a de ces choses dans la vie qui ont le don de gâcher un moment ou un endroit paradisiaque, de le rendre moins parfait. Un accroc d'importance. Vincent Vallières en première partie d'un spectacle de Richard Desjardins, par exemple (désolé pour les fans de V.V., de son p'tit nom). Ou encore un café instantané pour commencer la première journée des vacances. Ou du fromage râpé sur la poutine. 

Sur la Côte-Nord, ce qui vient rendre le paradis moins paradisiaque, le "fromage râpé sur la poutine", ce sont les mouches. Aussi simple que ça. Chaque jour où presque, c'est la même chose. On arrive à un site de camping en apparence idéal, on installe notre tente, puis, voyant qu'on ne repartira pas, qu'on est pris au piège, les vlimeux de moustiques sortent de leur cachette. Et il y a un ordre, une hiérarchie, oui madame! Chaque espèce a son quart de travail. D'abord, les mouches noires. Elles sont minuscules, ultra-nombreuses, mais fort heureusement ne piquent pas à travers les vêtements, et sont très faciles à tuer. Sortent ensuite les vilains maringouins, environ 30 minutes plus tard. Eux sont moins nombreux, mais sont en contrepartie beaucoup plus difficiles à tuer, et piquent aisément à travers les vêtements. Finalement, les frapabars viennent se mêler à la fête un peu plus tard. Ceux-ci ne lâchent pas le morceau tant qu'ils ne sont pas morts, et ils sont quasi in-tu-a-bles. À elles 3, ces vilaines bestioles rendent nos soirées et nos matinées très désagréables. L'autre soir, à Rivière Pontbriand, ni Mélina ni moi n'avions jamais vu autant de moustiques de notre vie. C'était ridicule. On a plus tard appris que les locaux appellent Rivière Pontbriand l'usine à mouches noires! Bref, les moustiques, c'est du sérieux ici. Au moins, quand on roule, ils nous laissent tranquilles....ou presque! 

Sinon, pour ceux que ça intéresse, petit résumé de notre voyage à vélo à ce jour. On a roulé environ 1800 km depuis Saint-Philémon, d'où on est partis le 18 juin. Entre 90 et 130 km par jour normalement. Tout ça en Crocs pour ma part, oui monsieur! Je fais tout en Crocs maintenant...ça sèche vite, et ça évite d'avoir besoin de 2 paires de chaussures. Les pseudo-experts diront que le pédalage est moins efficace en Crocs...pfttt...des racontards. Mais bon, ma passion pour les Crocs a déjà été largement détaillée dans un article précédent, donc je ne m'étendrai pas sur le sujet. Le vélo, donc... D'abord, on a fait les côtes de Charlevoix dans les grosses chaleurs, puis la Côte-Nord, beaucoup moins côteuse et achalandée. On s'est rendu jusqu'au bout de la 138, à Kégaska, puis là on est sur notre retour. La 138 est surprennement pas trop mal pour les cyclistes. Un accotement asphalté presque tout le temps, et pas trop de trafic après Charlevoix. Et après presque 3 semaines, on commence à être en forme.

On a croisé plusieurs villages Innus, tous fermés, barricadés, en raison de la COVID. Ils ne laissent personne entrer mais sortent comme ça leur plaît. Drôle de manière de se protéger....Parlant de COVID, c'est peu visible ici, ils n'ont pas été très touchés je crois. On voit des masques un peu dans les commerces, surtout à Havre-Saint-Pierre (le hââââvre, comme ils disent ici), à Natashquan et à Sept-îles. On ne se fait pas trop regarder de travers, en tant que touristes. 

Sinon, à date, les villes (Sept-îles, le hââââvre, Baie-Comeau, Port-Cartier) nous sont apparues sans grand intérêt. Des endroits où les gens travaillent. Pêche, mines, grands projets de construction. Du cash, des gros pick-ups de l'année. C'est surtout visible au hââââvre et à Sept-îles. Pour nous, les villes servent avant tout de point de ravitaillement, une épicerie entre tant de dépanneurs de petits villages.

Mis à part les moustiques, le plus grand problème qu'on a rencontré à ce jour, c'est que pratiquement tout est fermé, un peu parce qu'il est tôt dans la saison, mais surtout à cause de la COVID. Douches publiques dans les piscines: fermées. Informations touristiques: fermées. Toilettes publiques : fermées. Bref, tout est fermé. Et ça nous complique la vie, disons. Pour se laver, on se baigne où on peut, mais pour les toilettes...disons qu'on enrichit les forêts de la Côte-Nord! Moi je dis qu'on se débrouille comme on peut, Mélina dit plutôt qu'on a une hygiène douteuse. La vérité est quelque part entre les deux. Mais une chose est sûre : on n'a jamais autant apprécié une douche qu'après 8 ou 9 jours de vélo-camping en ligne. Essayez, vous comprendrez! 

Sur ce, prochaine destination : on n'est pas sûrs encore!  On vous revient sous peu avec des nouvelles d'une autre région du Québec.

Voici quelques photos de nos dernières semaines. Si vous voulez voir la carte de notre trajet, avec les endroits où on a dormi et le détail des temps et distances parcourus chaque jour, vous pouvez consulter le site https://becykapedales.travelmap.net .

l'Île Michon

Mélina avant le départ

Moi avant le départ


Mélina qui se baigne dans les jeux d'eau à Saint-Tite-des-Caps. On se lave où on peut! 

Les côtes de Charlevoix

Camping à La Malbaie. Pas le plus beau panorama, mais bon...

Pause près de Baie-Sainte-Catherine

Saguenay

Camping à Pointe-Noire

Récolte de la tourbe, Côte-Nord

Sault-au-Mouton

Sault-au-Mouton

Godbout

Nos premiers 1000 km! 

Rivière-au-Tonnerre

Liste des gens bannis de la réserve Innu de Mingan. Ça a le bénéfice d'être clair! 

Barricade, réserve autochtone de Mingan

Le hââââvre

L'une des nombreuses rivières! 

Emplacement de camping de luxe, L'île Michon

Route de gravier entre Natashquan et Kégaska. 

Fin de la route 138, Kégaska

Kégaska

Kégaska


Kégaska

Kégaska

Notre souper (burritos), Kégaska

Port de Kégaska

Natashquan

Les vilaines mouches noires de Rivière Pontbriand



Rivière Pontbriand

Chute Manitou

Route entre la Chute Manitou et Sept-îles

Rivière du Saut Plat









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